Tu seras comme Catherine la grande

22 mai 2018

Journées commando

6h30, ça pique, mauvaise nuit, cauchemars, malade, lever tout le monde, habiller, coiffer, monter en voiture, rouler 25 minutes, école.

Pas de mari.

9h : des courses et une migraine.

10h30 : audiprothésiste bonjour, mon fils a mis la tête sous l'eau avec ses appareils à 3000 €., ne me dites pas qu'il va falloir repayer, c'est pas d'ma faute j'vous jure, l'air mâlinette.

Pas de mari.

11h30 : sortie d'école, pique-nique, s'éviter 50 minutes de trajet sur 2 heures de pause, bien sûr on se gèle, mais que fait Météo France, bordel.

12h30 : c'est un moment particulièrement bien choisi, après qu'ils aient passé trois heures assis sur une chaise, pour aller acheter des chaussures à Petit Caillou et beugler sur les autres qui courent dans tout le magasin. Migraine. Bobo.

Pas de mari.

13h30 : retour école, commence à ramper.

14h : travailler, l'argent ne tombe pas du ciel, les neurones non plus, hélas. 

15h45 : sortie d'école, bobo, goûter, devoirs, préparations du dîner.

17h30 : douche-piscine. 

Pas de mari.

18h : booooboooo, mon lit, mon précieux.

19h : dîner

19h45 : dents, prière, ce put@@@ de velux qui ne ferme pas, c'est quoi cette arnaque des velux au juste ? un truc qui est voué à se casser et à vous faire vivre un enfer ?

Pas de bricoleur mari

20h : dodo mes chéris, bisous, je vous aime mais je suis épuisée, non pas d'histoire, ou tiens demande à ta soeur elle fait ça très bien.

20h10 : j'ai dit dodo les enfants.

Pas d'autorité de mari

20h13 : les garçons, je vais mourir bientôt., vous allez être fatigués demain, fermez les yeux et taisez-vous et doooodoooo.

20h37 : le premier que j'entends ne touchera plus à la tablette jusqu'à sa majorité

20h39 : mais je plaisante pas hein

Paaaas de maaaaaariiiiii

20h42 : en vrai, en vrai hein, la tablette elle va partir chez les petits enfants malheureux, vous avez gagné.

20h54 : toujours faire bon usage de la misère dans le monde, ils dorment, je dors, nous dormons.

Et pas de mari. 

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Mon dessin préféré s'il en faut un de Nathalie Jomard. Ceux qui connaissent Bébé Foie gras savent.

 

 

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21 mai 2018

Une affaire d'hommes

C'est une affaire d'hommes.

J'ai toujours vu les hommes de ma famille s'en occuper vaillamment, pendant que les femmes étaient en cuisine. 

Vingt ans plus tard, cette scène s'est tout naturellement déroulée sous mes yeux : pendant que je coupas des tomates, mon ex-mari s'affairait dans le jardin de chez ses parents. Je le regardais de la fenêtre, ma belle-mère préparait une mayonnaise. Chez eux aussi, c'était la base : les femmes en cuisine, les hommes.. au barbecue. 

Je n'ai presque jamais eu le droit d'y toucher. Quand j'étais petite, il ne fallait pas que je me brûle. Quand j'étais grande, il ne fallait pas que je brûle les brochettes. Et puis je devais surveiller les enfants, être mère, surtout ne pas prendre la place de l'homme. C'était important, de rester à sa place. 

Mais voilà, le Bon Dieu est ironique : pour le premier logement que j'habitais seule, Il m'a donné une maison. Avec ce fameux grand jardin à tondre. C'était drôle, après une vie en appartement, de goûter enfin à la joie du jardin. Et pour moi qui n'aime pas perdre mon temps à bronzer mais qui aime vraiment beaucoup les merguez, la meilleure manière d'y goûter c'était de pouvoir faire un barbecue.

Ce fut un de mes premiers achats.

On l'a monté bravement avec Louis, 8 ans, l'homme. Je passe sur le temps que ça nous a pris, je passe aussi sur le fait qu'un an plus tard il lui manque une roue qu'on n'arrive pas à remettre, et qu'il a une allure nettement plus rouillée. 

La première fois que j'ai acheté des grillades chez le boucher, et qu'il a fallu l'allumer, je vacillais. A croire que je n'avais jamais été scout. Voilà où j'en suis arrivée, trembloter devant un barbecue, se penser incapable de réussir à faire un feu, avoir perdu absolument toute notion de confiance et de capacités, jusqu'à avoir peur d'un fichu barbecue. Je ne sais pas si l'on peut mesurer ce que ça m'a coûté de l'allumer ni la joie hystérique de prendre en photo mes premières saucisses se dorant la chair au-dessus du charbon de bois. 

Un an et quelques séances barbecue plus tard, c'est toujours la même joie. D'avoir un jardin. D'avoir un barbecue. De savoir m'en débrouiller. 

Je prends toujours la même photo, je l'envoie toujours aux mêmes amis ( vous en avez marre, je sais, bisous ). J'ignore combien de temps cela durera, mais je suis pétrie de fierté d'avoir franchi la ligne, entre la cuisine et le jardin. 

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19 mai 2018

On n'est jamais mieux servies que par soi-même

J'ai vécu dix ans avec un homme qui n'était pas très branché fleurs. Il préférait les plantes ( bien-bien vertes, ou un bonzaï, le truc joli au demeurant, mais pas très excitant ), parce que ça ne fane pas en trois jours. C'est pas faux, il faut bien le reconnaître mais c'est quand même un peu triste, une vie sans fleurs. Je dois pouvoir compter sur les doigts d'une main le nombre de bouquets reçus. C'est un peu l'ironie, quand on sait que j'ai grandi avec l'image de  mon père qui offrait a minima une rose chaque dimanche à maman et qu'il me semblait que c'était la norme dans un couple.

Bon, manifestement, ça ne l'était pas. 

Inutile de vous dire que ça ne vient à l'idée de personne de m'en envoyer - le livreur avec un gros bouquet dans les bras qui sonne à votre porte, c'est pas pour moi non plus - donc je me l'auto-dis avec des fleurs. Je ne pousse pas le bouchon jusqu'à me faire livrer des fleurs - encore que, un jour, il faudra - mais quand je passe devant des petits bouquets de tulipes, je me fais plaisir. 

C'est beau, c'est frais, c'est gai. 

Hier je suis passée chez Jardiland, et j'en suis ressortie avec une véritable beauté. 

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Oui bon, moquez-vous, c'est une plante. 

Mais ce rose, ce pot offert, et le fait de savoir que c'était un curcuma, oui un curcuma en Bretagne, ça m'a bien plu. 

Ca a l'air d'être peu mais c'est beaucoup : c'est s'offrir quelque chose, pour se faire plaisir. Ca a l'air d'être peu mais c'est beaucoup. 

 

 

 

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18 mai 2018

Comme un vendredi

Le vendredi, c'est le jour de transition. 

On est en "résidence alternée", ça veut dire que les enfants passent une semaine chez leur père, une semaine chez moi. On en reparlera, il y a des avantages, des inconvénients, beaucoup d'inconvénient, mais quelques vrais avantages aussi, on va pas se mentir. Le premier étant le temps pour soi, cette notion oubliée dans la première salle de naissance où nous avons mis un orteil. 

Donc le vendredi : transition. 

Ca n'a l'air de rien, mais passer du silence monacal à l'ambiance d'un stade de foot un soir de match OM-PSG, ce n'est pas si simple. Il faut reprendre ses marques, tous. Eux ils changent de maison, moi je change de dimension sonore. 

Des plats Picard avalés devant Netflix, je passe aux repas familiaux, lasagnes maison et tarte à la fraise. 

Des nuits à n'entendre que le claquement des vagues ( je vis au bord de la mer, j'vous avais pas dit ? ), je passe à mon enfant chérie qui me réveille encore trois fois par nuit. ( Vous vous souvenez de Petite Fleur qui n'entendait pas arrêter de tétér ? Cinq ans plus tard, Petite Fleur a toujours mille raisons de me faire lever toutes les nuits. La première : elle est par terre. La seconde : elle veut un câlin. )

Des journées à travailler de mon lit, je passe aux trajets en voiture qui n'en finissent plus.

Du premier café chaud de la journée entre Facebook, mon bouquin et cet ordinateur, je passe aux tartines à beurrer tout en surveillant que Petit Caillou ne boutonne pas le dimanche avec le lundi. 

C'est du sport. C'est objectivement du sport. 

Physiquement, psychologiquement. 

Avec quatre enfants, deux bras, et pas d'homme à la maison pour m'aider, je commence à ramper ,disons ...le mardi soir. Ce qui nous laisse, nous comptons hélas parfaitement bien, trois jours dans un état plutôt second à tirer.  Ca fait long hein ? Je trouve aussi. Et pourtant, la transition dans l'autre sens n'est pas plus simple. Passer du bruit de la vie au silence de la pause n'est pas toujours une partie de plaisir. Au début, j'en pleurais des soirées, un vrai torrent. Et puis c'est devenu normal. Presque plaisant quand vraiment la semaine a été difficile. C'est une maigre contre-partie, mais j'ai au moins l'occasion de pouvoir mettre la vie de famille en pause. Beaucoup de mères épuisées tueraient pour pouvoir le faire. Alors je décide de ne pas m'en plaindre. Du moins, de ne plus m'en plaindre. Ou de m'en plaindre a minima. Bref je fais des efforts quoi. 

Toujours est-il que ce soir, j'ai quatre enfants qui arrivent. 

J'ai presque, à quelques moments près, passé une belle semaine. J'ai travaillé, j'ai superbement oeuvré dans mon jardin, j'ai réussi à me botter les fesses pour aller à un temps de prière tous les jours ou presque. 

Ce soir, ils arrivent. J'ai avalé de l'ortie, mon frigo est rempli, mon menu est prêt, j'ai fait d'émouvants aurevoirs à mes gnocchi chèvre-épinards de chez Picard ( ma vie pour ces gnocchi, ce n'est pas possible de faire un plat aussi parfait ).

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16 mai 2018

Ma liberté pour une tondeuse

Quand j'ai dû déménager, quand Monsieur est parti ( une sombre histoire d'agence immobilière que je raconterai plus tard ), j'ai eu un sacré coup de pouce du Bon Dieu qui ne m'a pas laissé tomber. C'était bien sympathique de sa part, parce que je ne me voyais pas dire aux enfants : "On a toujours vécu dans une jolie maison, ça fait un an qu'on est au bord de la mer, et on déménage dans un HLM : surpriiiiiiise"

Alors j'ai reçu cette maison. Un vrai cadeau. Une maison au bord de la mer, avec un jardin. Un grand jardin. De quoi faire un potage, des poules peut-être un jour quand j'arrêterai de voyager, un prunier : j'ai toujours vécu sans jardin ; mon premier aura été pour le jour où j'ai divorcé. C'est presque un peu ironique.

Bref quand on a un jardin, si on ne veut pas avoir l'impression d'évoluer dans une jungle hostile, il faut passer la tondeuse. Jusque là, ok. 

Mon propriétaire est venu me voir, il avait bien compris que sa nouvelle locataire était une trentenaire soudainement livrée à elle-même, il m'a dit "Je crois qu'il est temps que je vous donne une leçon de tondeuse." Bien, allons-y. Passer là, passer là, attention au fil, passer là,, faire comme ci, comme ça, vider ça, attention au fil hein, repasser là, mais vraiment ATTENTION AU FIL.

J'ai tondu le fil à mon deuxième épisode de "Je suis une femme libre et autonome, je sais passer la tondeuse toute seule". 

Dans un élan d'enthousiasme, il y avait un gros tas d'herbe, v'lan ! Plus de courant, un bruit terrifiant, j'en ai trembloté cinq bonnes minutes. 

Depuis je me sens toujours un peu hésitante à m'y remettre, mais cette fois, il fallait. Il commence à faire beau ( en Bretagne, ben oui ), éventuellement on va pouvoir déjeuner à l'ombre du prunier, voire même si je suis très courageuse faire un barbecue. ( vous verrez que globalement la notion de courage est assez omniprésente chez moi, puisqu'il m'en faut pour à peu près tout et n'importe quoi ). 

Alors voilà, j'ai pas eu le courage ( encore lui, je vous avais prévenu ) de tout tondre, mais l'idée est là. Au moins on ne déjeunera pas avec des herbes hautes jusqu'à la taille. Je n'ai rien abîmé, si ce n'est ce petit wagon en bois qu'un enfant avait abandonné au milieu de la jungle. J'ai trembloté un peu quand j'ai entendu le vacarme qu'il provoquait, mais mon fil orange était toujours bien entier lui, c'était l'essentiel. Sans doute Paul n'aura pas le même avis, j'en conviens. 

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12 mai 2018

"Tu seras comme Catherine la grande"

... "elle a détrôné son mari, elle l'a renversé, et elle est devenue Tsarine de Russie."

Les enfants ont l'art et la manière de vous consoler. 

Petit Caillou a l'art de vous consoler.

Va pour Catherine la grande.

Je n'ai plus de mari. Ma famille n'est plus normale. Les plans ont changé. 

Il y a eu un mariage en 2006, et dix ans de mariage plus tard, une vie éclatée. Une vie, six vies. 

Pendant tout ce temps, il y a eu "Materno-blog", et puis plus rien. Je ne l'ai pas supprimé, je l'ai mis en accès restreint, mais enfin c'est presque pareil parce que personne n'y a accès. 

Souvent je reçois des messages. "Où es-tu Sophie ?", "Que devenez-vous Madame ?", même qu'il y en a qui disent "J'aimais bien vous lire". 

Et moi, j'aimais bien écrire.

Simplement, vous comprendrez bien qu'un blog sur la maternité dans une famille parfaite n'est plus vraiment au goût du jour. 

Alors voilà. On en est là. Il fallait bien écrire un peu pour les copines qui ont tout perdu dans le naufrage d'un sacrement, qui s'accrochent aux branches de leur foi, avec des enfants dans le radeau et qui rament, qui rament, à s'épuiser mais qu'à cela ne tienne. La vie la vraie, on l'a déjà perdue au détour d'une salle d'audience de juge aux affaires familiales. 

Que ceux qui le veulent embarquent avec moi. 

Nous serons comme Catherine la grande.

Elle l'a détrôné, elle l'a renversé, et elle est devenue Tsarine de Russie. 

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