Tu seras comme Catherine la grande

20 novembre 2018

"Ce n'est rien"

Il n'y a pas si longtemps que ça, j'étais aide à domicile, un métier que j'ai viscéralement adoré. Parfois, souvent, je me dis que j'y retournerai bien pour écrire ce qu'ils marmonnent tous, entre le déambulateur et leur fauteuil, et raconter leurs histoires.
Heureusement j'avais pris soin de noter quelques mots. Je suis retombée sur ceux de Madame Champagne, bretonne de 93 ans, croyez-moi ça dépotait, qui avait élevé ses 7 enfants comme une mère louve après avoir mangé sur une malle pendant la guerre, et qui faisait des galettes le vendredi pour tous les gosses du quartier. 
Ce matin-là, la mère de famille du XXIè siècle que j'étais venait de pleurnicher parce que son sèche-linge était tombé en panne...

"Maintenant, élever des gosses, ce n'est rien. Oh c'est entendu, il reste les nuits. Ca....

Mais enfin, moi je n'avais pas de petits pots vous savez. Je faisais la popotte. Je n'avais pas de couches, il fallait tout laver, j'en ai passé des heures à frotter !

Et puis il y avait la rougeole !

la rubéole !

les...

les oreillons !

et le pire, ah croyez-moi c'est la pire cochonnerie de maladie, il y avait la coqueluche. J'en ai bavé avec la coqueluche.

Vous, vous n'avez plus tout ça. Vous ne vous en occupez presque plus, de vos gosses, avec les nourrices qui font tout le boulot.

Ah non vraiment, maintenant élever des gosses, ce n'est rien."

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18 novembre 2018

Il faut savoir surmonter"

Je lui suggère de ne pas finir son morceau de roquefort, qui est vraiment très très - très très - fort. 

Après s'être demandée si celui qui est à l'origine de ce fromage s'appelait Roque, elle croque dans son bout de pain et me  dit religieusement :

"Oh non. Il faut savoir surmonter." 

Nota bene, pour les jours prochains et qui reviennent tellement vite, où l'envie irrépréssible de nous abandonner au découragement sera plus forte que celle d'affronter. 

"Il faut savoir surmonter."

 

Petit Caillou nous sanctifiera tous. 

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16 novembre 2018

Les goûts et les couleurs

Au milieu des tables basses, des réfrigérateurs et des tables de chevet, je pénètre dans l’antre de la consommation. Un Conforama. Ca brille et c’est haut en volume. J’y suis rarement allée.

Avant de me marier, j’étais chez mes parents, et puis il y a eu une vie chez mes beaux-parents, et puis une autre dans une maison avec… les meubles de mes beaux-parents. Finalement, je n’ai jamais choisi. Ni une table, ni un buffet, ni un lit. Cela nous était donné, ou prêté. Tout juste y-a-t-il eu ce canapé, acheté au bout de 5 ans de vie commune, un premier prix, pas trop cher, pas très beau, pas très résistant. Une fois seule et dépossédée de tous ces biens, j’ai posé mes valises dans une maison déjà meublée. C’était providentiel, mais c’était chez quelqu’un d’autre, quand même.

Alors aujourd’hui je prends mon courage à deux mains, je choisis.

Et quand on a jamais eu l’occasion de choisir, ce n’est pas une mince affaire. Je m’avance vers un vendeur, je discute, je refuse poliment, mais difficilement, que voulez-vous quand on ne sait pas dire non, on part avec un bagage en moins dans la vie,  une garantie de 5 ans pour un sèche-linge, et je reviens à ce qui m’intéresse le plus : mon canapé. Assez grand, assez convertible. Nous pourrons accueillir.

Ce petit panel de couleur me fait de l’œil, et je réalise l’étendue de ma liberté. Ce canapé pourra donc ne pas être gris. Le parisien était marron. Il n’en avait jamais été question autrement.  J’ai le choix. Je suis seule à avoir une idée, une opinion, et je n’ai qu’à la faire valoir à moi-même, de la couleur que je voudrais pour mon canapé. Une euphorie s’empare de moi, et voilà que je décide d’un seul coup d’œil. « Je le voudrais de cette couleur. Là. » Un peu marquise, je pointe du doigt et je plie l’affaire.

J’ai 35 ans et l’impression d’en avoir 20, quand la multitude s’offre à nous et que l’on se sent ivres, de l’ivresse de la liberté, la liberté de la couleur d’un bout de tissu.

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09 octobre 2018

Quand tu découvres des poux à 7h du matin...

Hier matin, je me suis dit "tiens, Petit Caillou se gratte un peu la tête, je vais la coiffer avec le peigne à poux". 

Mauvaise idée.

Il était 7h, nous devions décoller quinze minutes plus tard, j'en ai passé 25 à manquer de faire une attaque en découvrant l'ampleur des dégâts. 

Du coup, j'ai aussi passé la journée à laver des draps, et ma soirée à faire des shampooing anti-poux. Avec une petite fille aux cheveux extra-fins, qui hurle dès que ça tire un peu. C'était charmant, c'était un début de semaine rêvé. 

Alors ce post ne sert à rien, si ce n'est à vous rappeler que :

- la lavande en prévention, ça vous laisse une odeur sur les mains digne des parfums des nanas qui prennent le métro le matin => à vomir. Mais ça marche. Normalement.

- on lave bien les draps, on aspire le canapé, le matelas, l'oreiller, et on n'oublie pas les appuie-tête dans la voiture. ( eh oui et ça souvent, on oublie )

- on achète un produit à gazer la maison entièrement, c'est certainement pas très apprécié par Dame Nature mais c'est santé-mentale-maternelle-friendly.

- on met deux petites gouttes d'huile essentielle de tea-tree dans la machine à laver. Ca sent atrocement mauvais mais faut ce qu'il faut. 

- on fait bouillir les brosses à cheveux et les élastiques, et les peignes anti-poux. 

- et puis maintenant vous allez toutes vous gratter la tête, parce que parler des poux suffit à envie de se gratter. C'est assez atroce, et c'est très moche de ma part d'exercer ce pouvoir. Mais au moins je ne serai plus toute seule à avoir l'impression qu'une colonie se balade sur mon cuir chevelu. Et ça, c'est un peu consolant quand même. ( ne me remerciez pas <3 )

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07 octobre 2018

Comme un dimanche

Chez nous c'est sacré, le dimanche on cuisine ensemble, et on déguste ensemble. 

C'est un des rares temps où nous faisons vraiment quelque chose ensemble, parce que sinon Maman travaille - les petits sont à l'école - les garçons jouent au foot - Petit Caillou lit. En gros. 

C'est aussi comme ça qu'on s'aime et qu'on se le dit, en épluchant des pommes et en bénissant la table et ceux qui l'ont préparées. C'est sans le vouloir vraiment un apprentissage de la charité et du don de soi. Ca n'amuse objectivement personne de rester deux heures devant une plaque éléctrique à faire des crêpes.

Bref pour vos idées de menu - parce que s'il y a une plaie de la mère de famille c'est bien les repas : tomates farcies et crumble aux myrtilles ( un peu de farine, un peu de beurre, des myrtilles Picard ( comment ai-je vécu sans Picard, parfois je me demande ) et hop. C'était bon. Très très. 

C'était la démonstration d'amour du dimanche. 

 

[ et la photo ne veut pas se charger, pour saliver il faudra attendre un peu ]

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06 octobre 2018

Le strapontin de l'amour

Il y a neuf mois, j'étais dans une chambre d'hôpital. Malade, affaiblie. Mes reins et moi, vous savez, c'est une sale histoire. 

J'étais terriblement mal, et pas seulement parce que les plateaux repas de la clinique étaient infâmes. Physiquement d'abord, c'est une chose. Spirituellement, c'en est une autre. 

Si proche de la souffrance et de la mort, moi qui fanfaronne toujours que je n'ai aucun problème avec elle ( ce qui est un peu vrai, mais ça a l'air moins évident quand ça me concerne ), j'ai vu tout ce que j'avais fait, et surtout tout ce que je n'avais pas fait. 

Je suis sortie de là en me disant que cette fois on ne m'y reprendrait pas. Me lamenter, pleurer sur mon petit sort, gémir bêtement, m'agacer quand une chambre n'est pas rangée, voir ce fichu verre à moitié vide, ne pas profiter des câlins, des ballades et de la plage au bout de la rue. Etre mère avant d'écrire, mais écrire avant de mourir. J'ai juré la main sur le coeur que cette fois, la vie est trop courte, regarde un peu comment tout peut s'arrêter en un quart de seconde, Carpe Diem, ô Capitaine mon Capitaine. 

Neuf mois plus tard, si je devais mourir ce soir, demain ou dans un mois, qu'aurais-je fait de plus. Rien. Ou en tous cas pas grand chose. 

Je n'aurais pas vraiment été mère, ni vraiment écrit. Autant dire que l'on retiendrait comme une médiocrité maladive. C'est peut-être ça qui m'a tué. 

J'ai réalisé cela ces jours-ci quand, malade encore une fois, j'ai repensé à ma philosophie perdue au détour du chemin de l'ordinaire. 

Un ami prêtre m'a dit cet été : "Nous serons jugés sur l'amour. Moi j'espère ne pas mourir tout de suite, sinon au Ciel, je ne serai vraiment pas au premier rang. J'aurai plutôt un misérable strapontin au fond." 

De mon strapontin, où je suis affalée, le corps endolori par la fatigue, cette fatigue malsaine, brodée d'angoisses et de colères, je vais essayer de grapiller quelques sièges ce week-end. En allant acheter une pompe à vélo, des fruits rouges pour le petit déjeuner et en faisant sauter tomber quelques crêpes. 

Résultat de recherche d'images pour "strapontin"

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03 octobre 2018

Est-ce que je suis la seule...

Est-ce que je suis la seule, à avoir l'impression depuis quelques temps de marcher sur des oeufs ? 

Est-ce que je suis la seule, à ne plus savoir quoi dire, quoi faire, comment me comporter avec un prêtre. L'inviter, le laisser tranquille, lui demander du temps, le laisser profiter du sien, avoir besoin d'un directeur spirituel, l'épargner d'une nouvelle charge. Lui dire bonjour, sourire, mais pas trop, avoir l'air sympathique, mais pas trop, être un peu détendue pour ne pas être taxée de cléricalisme, mais pas trop pour ne pas être taxée de charmeuse de curé. Le solliciter pour venir bénir la maison, parler de Jésus aux enfants, donner à la famille la grâce du "sacerdoce de proximité", préciser qu'on ne sera pas tout seuls tous les deux, ne pas le mettre mal à l'aise, ne pas lui laisser penser qu'il serait plutôt du genre à flancher. Lui serrer la main ou lui faire la bise, tu, vous, un mail ou un SMS, se confier ou l'écouter, un père, un frère, un ami, est-ce que je peux lui parler de mes états d'âme ou est-ce qu'il en a déjà trop lui-même. 

Est-ce que je suis la seule, à avoir des larmes qui viennent piquer mes yeux quand les cataclysmes s'accumulent dans google actualités, et qu'à chaque fois je pense à lui, à lui, à lui, à ceux qui ont composé mon adolescence, à ceux qui m'ont aidé, à ceux qui souffrent, à ceux qui ne diront jamais rien, à ceux qui disent, à ceux que je vois à la messe et face à qui je me demande désormais : "et vous, comment vous souffrez ?". 

Est-ce que je suis la seule à ne plus savoir comment être une Fille, une paroissienne et une amie, les trois en même temps et sans fausse note s'il vous plaît, parce que ce sont eux qui ont besoin de notre irréprochabilité, quand ce sont eux les passeurs de Dieu. A étouffer, avec eux, par eux pour eux, et à ne plus savoir comment respirer, dans mon chemisier reboutonné jusqu'au menton.

Est-ce que je suis la seule...

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14 juillet 2018

La vie 2.0, dure réalité

Ce téléphone qui n'a jamais marché depuis presque deux ans on va le ranger tiens. C'est Orange, ils n'ont jamais dû activer la ligne. Tant pis, osef, pas besoin.

Alors cette boite... Tiens je pourrais même essayer de le revendre..
Alors cette boite... Tiens il reste un truc dans la boîte... ah des piles... des piles rechargeables..
Tiens y'a écrit quoi sur la boîte ?
"Fonctionne avec 2 batteries rechargeables"
Bravo Sophinette tu pouvais toujours le laisser charger sur son socle indéfiniment !
Qu'à cela ne tienne on va les mettre ici et maintenant.
...
Tiens, ça s'ouvre pas.
...
Tiens y'a de la poudre blanche.
...
Un peu comme quand tu avais fait fondre un truc électrique un jour.

Mes amis la vie 2.0 - liberté autonomie autosuffisance - est semble t'il encore en cours de téléchargement.

Au prix d'un téléphone fixe à 30€.

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17 juin 2018

Le plus dur

On me dit souvent que je suis teeeellemeeeent courageuse. On me demande souvent qu'est-ce-qui est le plus dur, dans cette vie de mère célibataire. On me le demandait déjà quand j'étais mère au foyer. C'est à croire que j'ai toujours l'air d'avoir une vie à la mine. Mes réponses ont bien changé depuis 11 ans, et elles changent encore.

Avant, je disais que c'était le fait de ne parler qu'à un bébé toute la journée.

Puis ça a été le fait d'avoir le nez dans mon ménage toute la journée.

Puis encore le fait de devoir cuisiner à tous les repas.

Puis le fait de ne pas faire marcher mon cerveau autrement qu'en essayant de résoudre le problème de ma machine à ma pain ou de comprendre pourquoi mon enfant était encore enrhumé.

Puis le fait de ne sortir que pour aller chez le médecin ou à la pharmacie.

Puis le fait, et c'est toujours un peu vrai, parce que même maintenant que je travaille, je n'en ai toujours pas, de ne pas avoir d'arrêt maladie. Ne pas avoir d'arrêt maladie, ne pas pouvoir s''arrêter de travailler, parce que le travail des mères au foyer, c'est leur maison et leurs enfants. 

Alors évidemment, pour moi c'est un peu double peine, parce que maintenant je travaille de chez moi. Donc j'ai les enfants, je travaille, je suis malade, je travaille, j'ai les enfants, c'est un cercle un peu vicieux mais enfin je ne me plaindrai pas : j'ai un travail formidable, je fais ce que j'aime, je vis de ce que je sais faire. Et comme il n'y a pas grand chose que je sais faire, c'est une aubaine. 

Depuis deux ans, le plus dur, et peut-être défintiviement le plus dur, c'est de ne pas avoir de relais. N'avoir personne pour m'aider. Pour me dire "reste dans ton lit, je m'occupe des enfants". Cette phrase, le jour où je l'entendrai, je vous garantis que je pleurerai de joie. 

Personne, jamais, pour me relayer. Si je ne me lève pas, si je ne fais pas la vaisselle, si je n'étends pas le linge, si je ne prépare pas un repas, personne ne le fera à ma place. 

Je vous garantis qu'à la longue, c'est épuisant, de ne pouvoir compter que sur soi. C'est tellement épuisant que je suis épuisée, ce qui explique - un peu beaucoup - ces quelques jours de silence. Je concentre mon énergie pour faire des trajets d'école, travailler au moins un peu parce que même les pommes de terre ne tombent pas du ciel, aimer mes enfants. Et aimer, aimer vraiment, ça demande sacrément de l'énergie. surtout en période de coupe du monde avec des garçons à ne pas décevoir.

N'avoir jamais de relais, ne jamais compter que sur soi. Trouver la force de se lever, et ne pas savoir si on l'aura demain. Sentir que la réserve fond comme neige au soleil, et se demander par quel miracle on va pouvoir continuer à rester debout. Rester debout quand même. Mais à quel prix. 

On me dit souvent que je suis teeeellemeeeent courageuse. Dîtes-vous bien que je ne le suis pas. Je ne le suis pas du tout. Je n'ai juste pas le choix.

#BrefJeChercheUnRelais

 

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30 mai 2018

Si Dieu nous prête vie

Vous avez remarqué ? A chaque décès, c'est la même histoire. On pleure, on sèche nos larmes, on repense à ce qu'on a fait, ce qu'on a dit, et surtout à ce qu'on n'a pas fait, et ce qu'on n'a pas dit. On blémit, on regrette et on pleure encore, et puis finalement on se promet la main sur le coeur que désormais, on va s'aimer, on va se le dire, on va en profiter.

On va arrêter de geindre, de se plaindre, de voir tout ce qui ne va pas, de critiquer Tante Paulette, notre patron et la secrétaire qui traîne sur facebook toute la journée. 

On va arrêter de s'engueuler, d'être désagréable, d'être matérialiste et de ne penser qu'à notre prochaine voiture.

On va éteindre la télé, prendre un bon bouquin, regarder les étoiles, la mer et même pourquoi pas l'immeuble en face, parce qu'après tout lui aussi il est joli. 

On va arrêter de crier sur les enfants, de s'agacer d'un pull enfilé à l'envers, de les coucher à toute vitesse pour enfin être tranquille, de punir un peu  et de soupirer beaucoup trop. 

On va lire une histoire, soigner un bobo, faire un bisou magique, être douce, s'assoir pour une partie de 1000 bornes et préparer les plats qu'ils préfèrent.

On va regarder le monde qui nous entoure avec des yeux émerveillés, on va aimer les autres, on va leur dire.

On va chérir ceux qu'on aime, tellement plus, tellement mieux, on va en prendre soin et ne plus jamais oublier qu'on ne veut pas que notre aimé parte en s'étant dit qu'on l'aimait moins, qu'on l'aimait peu. 

On se dit tout ça, et puis au bout de quelques jours, quelques semaines peut-être, c'est comme les accouchements, plus jamais j'te dis, on oublie. 

On oublie et on recommence.

A gémir, à pleurer, à s'agacer, à ne pas voir, à ne pas entendre, à ne pas aimer. 

Qu'est-ce qui'il nous faudrait comme éléctrochoc, pour qu'on n'oublie pas ? Que nous ne sommes pas éternels et que les autres non plus, et que nos vies peuvent s'arrêter en un claquement de doigt, comme ça. Un jour vous pensez que l'amour de vie sera toujours là, le lendemain il meurt. Un jour vous pensez que vos enfants ont tout le temps, le lendemain, ils meurent. 

J'ai connu des religieuses qui disaient toujours, à chaque fin de lettre ou de conversation, à chaque fin de la journée : "à bientôt... si Dieu nous prête vie." 

Je le dis souvent, peut-être pas encore assez, parce que j'ai l'air de m'endormir le soir, de me réveiller le matin, d'entendre quatre enfants remuer à l'étage et de me savoir aimée comme un dû. 

Je le dis souvent, peut-être pas encore assez, parce que je quitte encore bien des gens sans leur dire que je les aime. Et s'il y avait un petit quelque chose à faire, avant d'arrêter de me plaindre - y arriverais-je un jour - ce serait celui-là.Dire l'amour, l'affection, la gratitude. Pour que, si l'un ou l'autre me quittait ce soir ou demain, je puisse avoir ce doute en moins : il savait. Et je crois que c'est peut-être un des doutes, une des douleurs qui consume le plus.

Alors à bientôt, à demain, à tout à l'heure... si Dieu nous prête vie. 

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